Marc Boisseuil

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Marc Boisseuil est né le 29 Novembre 1948 à Limoges. 

Enfance en Limousin. Etudiant à Paris.

En 1968 / il rencontre le dadaïste Raoul Haussmann et découvre les mouvements d’avant-garde du XXème siècle.

En 1969-1972, Voyage en Iran, Afghanistan, Inde et Asie du Sud-Est. Séjourne au Cachemire où il étudie l’art Moghol.

1973 / Habite Londres. 

Elève de l’historien Sir Anthony Blunt au Courtauld
Institute. Rencontre le peintre Francis Bacon.

1974 / Installation à Paris. Il se consacre à la peinture, et demeure deux ans à la Cité des Arts. Se passionne pour
la photographie contemporaine.

1984-2000 / Collaboration avec Jean-Charles de Castelbajac.

Membre du FRAC Limousin, où il joue un rôle actif pour l’acquisition d’œuvres de Simon Hantaï, Barbara Kruger, Cindy Sherman, Gilbert & George, Robert Mapplethorpe ...

2002 / Étude stylistique des émailleurs limousins du XVIème siècle.

2004 / À la Maison Européenne de la Photographie, 

exposition de portraits de Marc Boisseuil, Images de Marc, accompagné d’un texte de Christian Caujolle.

2005 / Publication d’une anthologie d’albums photographiques provenant des archives de sa famille, Des gens du milieu du monde, texte de Jean-Luc Monterosso.

2009 / Membre du conseil d’administration du musée
des beaux-arts de Limoges.

2012 / Publication de deux livres : El Dandy del Monte
et Brion Gysin  (Interview de François de Palaminy).

2013 / Se consacre de nouveau à la peinture.

2015 / Il est invité à Tanger « en résidence d’artiste » à l’Hotel Villa de France, dans la chambre habitée par
Matisse. Durant ce séjour, il peint et publie un opuscule, Chambre 35. Exposition à la Galerie Les Insolites, Tanger.

2017 / Exposition à la Galerie Pixi, Marie-Victoire Poliakoff

Marc Boisseuil : La révélation de l’art

 

par Valérie de Maulmin

 

« En ce début du XXIe siècle, les créateurs cherchent encore, dans le fond des passés et des mondes à venir, l’insaisissable ». Ce constat de Marc Boisseuil sur l’art de son temps pourrait aussi être son credo, le fil rouge secret de son travail sensible et si personnel. Homme de lettres et artiste, Marc Boisseuil n’a cessé de poursuivre cet absolu de l’art, dans sa vie d’esthète, entre dandysme et vie parisienne.

Né en 1948 dans le Limousin, il n’a connu dans sa prime jeunesse que son petit village, dans une « région perdue au paysage époustouflant », berceau inattendu de la splendeur des émaux champlevés du XIIe siècle. Il grandit dans un environnement feutré, entouré de tableaux anciens, dans la vieille demeure familiale. Mais dans le Limousin, point de musées : « on ne voyait rien, il était difficile de se nourrir ». A l’âge de 15 ans, à Paris, la découverte de Franz Kline est un tel choc esthétique pour lui, qu’elle va déclencher le
syndrome de Stendhal, entre chamade et évanouissement...

« Mon seul moyen d’exister, c’était le regard. Parce que je ne parlais pas » indique Marc Boisseuil, dont le nom prédestiné, invite à la suprématie de l’œil. Pudique et sensible, il observe et absorbe le monde. Son regard limpide, franc et ouvert frappe d’emblée lorsqu’on le rencontre, véritable fenêtre ouverte sur son âme. Cette soif du regard l’amène à découvrir le monde, l’architecture et les musées, à travers de grands voyages, entre 1969 et 1972, en Iran, Afghanistan, Inde, et Asie du Sud-Est. En 1973, il s’installe à Londres où il étudie à l’Institut d’art Courtauld, et il rencontre le peintre Francis Bacon. Il commence alors à se passionner pour la photographie. Il expérimente aussi la peinture, des collages et des assemblages, reliefs peints en papier mâché. Mais il se heurte constamment à sa référence à la grande peinture, qui le paralyse et le tétanise, et finit par brûler ses œuvres de jeunesse.

A partir de 1984 débute une exaltante collaboration avec
le couturier Jean-Charles de Castelbajac, dont il sera le bras droit durant plus de quinze ans. Il l’accompagne dans les ateliers d’artistes, et apprend à « construire un défilé comme on construit une toile ». Membre du FRAC Limousin, il joue un rôle actif dans l’acquisition d’œuvres de Simon Hantai, Barbara Kruger, Cindy Sherman, Gilbert & George, Robert Mappelthorpe. En 2004, la MEP (Maison Européenne de la Photographie) présente l’exposition « Images de Marc », un ensemble de portraits de lui, témoignant de sa vie parisienne et artistique.

Tout récemment, depuis 2013, Marc Boisseuil a repris le fil de son travail personnel, à partir de découpes d’éléments de peintures et d’œuvres qu’il combine à sa guise. 

« Après avoir beaucoup regardé, je suis maintenant prêt à montrer mon travail. » Ses « exercices de style » élaborés à partir de fragments de l’histoire de l’art réassemblés sont une sorte d’archéologie poétique, son « musée imaginaire à la Malraux ». Une hybridation imperceptible fusionne des éléments aussi inattendus que le Mont Fuji et Rothko, Watteau et Picasso, donnant à chaque fois naissance à une œuvre singulière d’une très grande justesse esthétique, sobre et attirante, d’un format intime. Les trésors de ce « musée imaginaire », il les puise dans sa collection de cartes postales d’œuvres glanées au fil des visites d’expositions. Ayant toujours sur lui de multiples petits objets fétiches dans ses poches, il a longtemps eu pour rituel de piocher une image d’œuvre de son « musée imaginaire » pour la porter sur lui, dans la poche intérieure de sa veste, un temps donné. « Ces œuvres vivent comme un talisman, sur moi, dans ma poche ». 

 « Gardien du temple » et de la mémoire, il a été amené à pérenniser et classer les archives photographiques de sa famille, sur une période de plus de 150 ans, assumant ce qui était pour lui « de l’ordre du devoir » : celui de transmettre. Tout en s’interrogeant sur cette quête sans fin du passé : « pourquoi garder des traces que je suis le seul à connaître. Pourquoi cet acharnement à éterniser jusqu’à d’humbles choses ? » Et cela, jusqu’à l’épuisement. Ou encore jusqu’au sursaut : « il faut tenter de vivre ».

Avec son ouvrage Ces Archers qui tirent dans le noir, paru en 2008, entre journal intime et souvenirs libres, l’écriture a été une passerelle, une nouvelle étape. Il y a ensuite eu cette pulsion de la déchirure. Déchirer ces images vénérées
comme des talismans, introduire une fracture. Mettre en pièces l’histoire de l’art pour la recomposer, la transformer.


Il y a dans une ambivalence entre ce geste de l’arrachage, iconoclaste, et la catharsis née de la recomposition de la beauté, avec les nouvelles images nées de ces réassemblages. « Je fais un travail vraiment classique, je me nourris du travail des autres. C’est un « millefeuille » : je compose,
 je les déchire, et je les reconstruis. C’est une union en décomposition/recomposition, comme une archéologie moderne ». Opérant sur les restes, les vestiges, l’Histoire, Marc Boisseuil est attentif au travail de la matière, très important, par voie de collage, à partir de subtils papiers tibétains par exemple, qui couvrent l’image d’un voile.


S’il y a surtout une dimension très abstraite, on voit parfois des visages qui réapparaissent. Il y a des éléments de découverte, une forme de « révélation », à travers cette stratification : « Le temps est très important dans mon travail. » Le fond blanc apporte aussi une véritable respiration, quelque chose d’inachevé, une forme de « virginité ».
« Ce silence, cette pureté sont indispensable : je ne pourrais pas couvrir une toile dans sa totalité ». 

Ce qu’apprécie Marc Boisseuil, c’est l’harmonie d’une église romane ou la force d’un Rothko. Et quand une œuvre est comme elle doit être, qu’elle est juste, il dit parfois : « merci mon Dieu ». Son travail ne se fait pas sans épreuve ni souffrance, « Je trace un chemin, c’est le début d’une œuvre ». Mais il s’opère avec toujours plus de légèreté : « Les créateurs sont nos élus : ils font surgir pour nous des fragments d’éternité. »