Alexis Poliakoff

« C’est avec le regard qu’ils se parlaient tous les deux, totalement complices, je pense qu’ils s’admiraient mutuellement sans se le dire ouvertement. Chez les Poliakoff, nous ne pratiquons que l’amour absolu. Cela doit venir de notre sang tzigane. C’est un sentiment total, un attachement viscéral, sans jamais rien montrer, ça c’est le sang anglais. Pudeur, je pourrais dire extrême pudeur. Mon père est l’enfant de l’amour, tant désiré et tant attendu. Il est né en septembre 1942 pendant la guerre où tout était difficile. À cette époque, ma grand-mère était très malade, complètement décalcifiée, la nourriture venait à manquer. Lola une petite cosaque de la communauté russe parisienne de 12 ans accompagnait le petit Alexis au jardin du Luxembourg. De ces années d’enfance de mon père, je n’ai entendu que l’évocation de moments intenses de bonheur.

Un jour, ses parents pour qu’il cesse de trimballer son « Rinrin », morceau de tissus doux, sale et informe, lui ont dit que les douaniers britanniques ne lui laisseraient jamais passer la frontière. Ce jour-là, il est devenu un homme. La culture américaine importée en Europe par les soldats a donné à mon père la joie de découvrir les crèmes glacés et les « hot-dog » lorsqu’il accompagnait son père pour une exposition à Copenhague en 1948.

 

En 1951 il gagne le premier prix de Sculpture au Salon de l’enfance, il avait réalisé  la place de la Concorde. Il gagne une bicyclette. Répondant à la question d’un adulte « Montre moi ce qu’est la peinture abstraite. Il répondit à 12 ans « Cela ne s’explique pas, ça se sent ». Quand j’étais enfant mon père m’avait raconté qu’il avait gagné le premier prix de camaraderie du collège de Saint-Benoît, je me suis toujours souvenu de cette récompense que je trouvais touchante. Je m’étais promis qu’un jour, je lui remettrais moi-même la seule médaille qui pouvait le ravir. Pour l’honorer et le remercier de tout le travail effectué pour défendre et protéger l’Oeuvre de son père, Serge Poliakoff. Secrètement j’ai fait la demande pour qu’il reçoive la médaille de «l’Ordre des Chevaliers  des Arts et les Lettres ».

Juste avant de partir au bord de la mer, je reçois la fameuse lettre d’admission. Maman court chercher au Palais Royal la médaille. Entouré de tous ses enfants et petits-enfants, dans le sable des dunes, je lui ai remis les larmes aux yeux, le premier prix du meilleur papa, grand-père et fils, et cela avec la complicité de la France. 

Mon père est certainement l’homme le plus charmant, le plus discret que je connaisse. C’est un pacifiste et un artiste. Il voulait être peintre, et c’était le désir de son père. Talentueux, son premier collectionneur a été l’acteur américain Yul Brynner.

Son père offre à son fils cinéphile une caméra Bolex 8 mm avec laquelle il filme sans cesse son entourage. Le producteur de la Nouvelle Vague, Georges de Beauregard, l’engage. Il travaille avec Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Bertrand Tavernier, Claude Berry, Jacques Rivette avant de faire son premier film d’animation.  

Alexis a beaucoup filmé son père et photographié ma mère Marie-Helen. La jeune débutante de l’école Alsacienne. La famille Poliakoff a été séduite par la fraîcheur moderne de ma mère. Mon arrivée au monde à changer le quotidien de mes parents et de mon frère aîné Philippe-Antoine. Le nouveau bébé venu a tout bouleversé et s’est vite adapté à la vie chatoyante des Poliakoff.

A la mort de son père, Alexis concentra son temps a perpétué la mémoire de l’œuvre de Serge Poliakoff. Cela ne l’a jamais empêché de continuer à créer et d’être secondé aujourd’hui par le petit dernier Thaddée.  

 

*La formation artistique qu’Alexis reçu de son père était dans la continuité de l’éducation d’un homme et d’un artiste enthousiaste et généreux, à l’image de sa palette riche et allègre. 

 

 

 

À PROPOS D’ALEXIS POLIAKOFF par sa fille.

Extrait du livre Serge Poliakoff, mon grand père.

Photographies © Jacques Choï

Photographies Alexis Poliakoff © ADAGP